Taxe sur les e-liquides : ce que prévoyait le budget 2026
Pendant plusieurs mois, la filière française du vapotage a retenu son souffle. Le projet de loi de finances 2026 contenait un article discret mais lourd de conséquences : une fiscalité inédite sur les liquides de cigarette électronique. Fabricants, boutiques et vapoteurs y ont vu une menace directe sur les prix. Puis le texte a connu un parcours mouvementé, entre suppression, réécriture et coup de force gouvernemental. Que prévoyait vraiment cette taxe, et où en est-on désormais ?
La taxe sur les e-liquides prévue par le budget 2026
La taxe e-liquide figurait à l’article 23 du projet de loi de finances 2026, présenté à l’automne 2025 par le gouvernement. L’objectif affiché : créer une accise spécifique sur les produits du vapotage, à l’image de ce qui existe déjà pour le tabac, mais à un niveau volontairement plus bas.
Le résultat, lui, tient en une phrase : après un parcours parlementaire agité, aucune taxe sur les liquides de vapotage n’a été appliquée pour 2026. L’article qui la portait a finalement été retiré du budget adopté. Le principe d’une taxe vape n’a pas disparu pour autant, mais son entrée en vigueur a été repoussée, faute d’accord sur ses modalités.
Ce que prévoyait l’article 23 du budget 2026
Avant d’être écarté, le dispositif était précis. Comprendre son barème permet de mesurer ce que la filière a redouté, et pourquoi la mobilisation a été aussi vive.
Le gouvernement proposait une accise indexée sur le taux de nicotine du liquide. Selon les modalités détaillées à l’automne 2025, elle s’établissait autour de 0,03 euro par millilitre pour les liquides faiblement nicotinés, en dessous de 15 milligrammes par millilitre, et de 0,05 euro par millilitre au-delà. Sur un flacon standard de 10 millilitres, cela représentait environ 30 à 50 centimes de taxe supplémentaire, un ordre de grandeur relayé par la presse économique dont 20 Minutes.
L’article 23 ne se limitait pas au volet fiscal. Il prévoyait aussi un encadrement renforcé, avec notamment une restriction de la vente en ligne et un régime d’agrément pour les acteurs du secteur. C’est cet ensemble, plus que la seule taxe e-liquide, qui a cristallisé l’opposition de la filière.
Le choix d’indexer l’accise sur le taux de nicotine n’était pas neutre. Une accise est une taxe assise sur la quantité de produit, ici le millilitre de liquide, et non sur son prix de vente. En modulant le tarif selon la concentration, le gouvernement affichait une fiscalité plus légère que celle du tabac, tout en posant la première brique d’un régime spécifique au vapotage. Pour la filière, c’est précisément ce cadre pérenne, plus que le montant initial, qui inquiétait : une fois créée, une taxe vape peut être relevée d’un budget à l’autre.
Le parcours parlementaire : de la taxe à son retrait
Rarement un article budgétaire aura autant changé de forme en quelques semaines. Le suivre pas à pas éclaire la décision finale.
Dans la nuit du 19 au 20 novembre 2025, les députés ont adopté un amendement supprimant purement et simplement l’article 23. Première victoire pour les opposants au texte. Le débat s’est ensuite déplacé au Sénat, qui a retenu une autre voie : le 1er décembre 2025, les sénateurs ont fixé la taxe à un euro symbolique de zéro pour l’année 2026, tout en excluant explicitement du champ les produits sans nicotine et les produits au CBD.
Le dénouement est venu le 20 janvier 2026. Le gouvernement a engagé sa responsabilité par le recours à l’article 49.3 pour faire adopter le budget, et dans cette version l’article 23 a été supprimé dans son intégralité. La taxe vape a donc disparu du texte définitif, sans période d’application en 2026. Ce n’était pas la première tentative : un projet d’accise autour de 0,05 euro par millilitre avait déjà échoué lors des débats du budget précédent, faute de temps parlementaire, comme le rappelait le site spécialisé Je suis vapoteur.
Pourquoi la filière s’est mobilisée
Une taxe modérée sur le papier peut peser lourd sur un secteur de détail. Les professionnels ont fait valoir plusieurs arguments pendant les débats.
Le premier tient au signal prix : renchérir le e-liquide, même de quelques dizaines de centimes par flacon, sur un marché sensible aux écarts de tarif. Le deuxième tient au cumul avec les autres mesures de l’article 23, jugées contraignantes pour les commerces spécialisés. Le troisième relève d’une question de cohérence : la France envisageait une fiscalité minorée par rapport au tabac, à rebours d’une partie des discussions européennes sur une accise harmonisée. Une pétition contre le projet a rassemblé des dizaines de milliers de signatures, signe d’une mobilisation qui a dépassé le seul cercle des professionnels.
Une taxe écartée mais un débat qui n’est pas clos
En retirant la taxe e-liquide du budget 2026, le législateur a accordé un répit à la filière, sans trancher le fond. La création d’une accise sur les produits du vapotage reste dans les cartons, portée par des considérations budgétaires et par la pression d’une harmonisation européenne. Pour l’Observatoire, ce dossier fiscal s’ajoute à un cadre réglementaire déjà dense, entre l’interdiction des jetables actée en 2025 et le débat sur les sachets de nicotine. Autant de décisions qui, ensemble, redessinent l’économie de la vape en France, et qu’il faudra continuer de suivre budget après budget.
Questions fréquentes
Y a-t-il une taxe sur les e-liquides en 2026 ?
Non. L’article qui prévoyait une accise sur les liquides de vapotage a été retiré du budget 2026 lors de son adoption. Aucune taxe spécifique ne s’applique donc aux e-liquides pour cette année.
Quel montant de taxe était envisagé ?
Le projet prévoyait environ 0,03 euro par millilitre pour les liquides faiblement nicotinés et 0,05 euro au-delà de 15 milligrammes, soit à peu près 30 à 50 centimes sur un flacon de 10 millilitres.
Pourquoi la taxe a-t-elle finalement été abandonnée ?
Après un vote de suppression des députés et une réécriture du Sénat, le recours au 49.3 le 20 janvier 2026 a retiré l’article dans son intégralité, écartant la taxe du budget définitif.
Les produits sans nicotine étaient-ils concernés ?
Dans la version votée par le Sénat, les produits sans nicotine et ceux au CBD étaient explicitement exclus du champ de l’accise. Le retrait de l’article a de toute façon rendu cette exclusion sans objet pour 2026.
La taxe peut-elle revenir dans un prochain budget ?
Oui. Le principe d’une accise sur le vapotage reste discuté, notamment dans le cadre des travaux européens. Un futur projet de loi de finances pourrait le reprendre sous une forme actualisée.
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